Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 13:54

arteres-souterraines couvDe Warren Ellis, on connaissait le brillant scénariste de comics. Mais l'imagination débordante de l'auteur de Transmetropolitan ne pouvait s'arrêter là. C'est ainsi qu'à la suite de ses collègues (Alan Moore, Greg Rucka, etc), il décide de livrer son trop plein d'idées sous la forme d'un roman.
Et puis c'est classe, romancier. Plus que créateur de BD.
Demandez à votre voisin, celui qui est abonné au Point, vous verrez....

C'est en ce mois de septembre 2010 que sort chez nous le premier "vrai" livre de cet écrivain profondément rock'n'roll. Mais que peut encore apporter l'auteur du polar (très) noir Fell, du profondément déjanté Desolation Jones ? Quel intérêt de s'atteler à un roman -sinon un orgueil mal placé- tant ses scénarios franchissent allégrement les limites de l'imagination et du bon goût, dans le cadre bien compris de publications grand publics. En quoi l'inventeur de Spider Jerusalem, le journaliste vulgairement iconoclaste, pourrait nous surprendre ?
Bien évidemment, c'était sous-estimer l'animal...

Michael McGill est un détective privé particulièrement doué pour attirer la poisse. Lorsqu'on lui confie une bête histoire d'adultère, il faut que le mari volage soit gourou d'une secte adepte du sexe tantrique avec des autruches.  Le Roger Giquel de l'enquête personnelle, sur les pompes duquel les créatures les plus improbables viennent pisser.
C'est pour cette exacte raison que le conseiller du président, un viel héroïnomane qui prend son pied en laissant ses sphincters se relacher sous lui, l'esprit perdu dans la contemplation de défilés de mannequins anorexiques sur une chaine spéciale mode, débarque chez lui un beau matin pour lui demander de retrouver un vieux bouquin égaré. Et pas n'importe quel bouquin, évidemment... Rien moins que la "vraie" constitution des Etats-unis, l'originale, contenant des paragraphes inscrits à l'encre invisible par des extra-terrestres, et qui donneraient à ce volume le pouvoir de controler les esprits. Un pouvoir qui arrangerait bien notre conseiller spécial en lui permettant d'expurger l'amérique de ses déviances actuelles et revenir aux vraies valeurs des pères fondateurs. Comment refuser quand vous ètes à sec et qu'on vous propose un demi-million de dollars  ?


Warren EllisNon, notre acerbe anglais, pourfendeur bienveillant des travers de ses etats-unis d'adoption n'avait pas tout dit. Non Spider Jerusalem n'était pas assez trash pour Warren Ellis, qui invente ici des situations encore plus déjantées, plus marquantes par leur proximité, et dévide tout ce que son imagination malade n'avait pu placer dans son oeuvre phare.
Amateurs de scénarios alambiqués, passez votre chemin, la trame de fond ne sert que de décor à un étalage parfaitement complaisant et assumé d'idées les plus déjantés (qui d'autre pouvait imaginer un cinéma porno pour adeptes du "Godzilla bukake") et de reflexions amères et droles sur une société occidentale devenue folle.
Mais sans s'y égarer : Ellis reste parfaitement maître de sa narration et n'oublie jamais son lecteur. Pas d'auto-contemplation nombrilesque, ni de facilité choquante. Sans longueurs, et toujours avec son sens inimitable du second degré, recul salutaire qui évite l'écueil commun de la provoc facile et outrancière.
Un point qui résume ce travail en le différenciant de ses prédecesseurs dessinés : le propos gagne en subtilité et en retenue, sans en diminuer la portée. Une forme de maturité qui ne perd rien de son mordant.
Il est bon le bougre.

Un roman gentiement foutraque, cru mais sans vulgarité, critique mais pas réactionnaire, toujours sur le fil ddu mauvais goût et de l'outrance sans vraiment y tomber. Un constat désabusé sans amertume, sans moralité ni morale. Sans pathos.
Sans but, non plus. Des auteurs plus engagés, plus virulents, auraient aiguillé le texte vers un discours social ou politique. Mais ce n'est pas la volonté d'Ellis, qui n'a d'autre finalité que le plaisir de la transgression joyeuse.
Un peu vain, mais profondément jouissif.
Rock'n'roll, quoi !

Le livre sur le site de l'éditeur français (le Diable Vauvert)

Repost 0
29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 13:57

Posté le 29/09/2010 par juli

La publication française de la série Aliens a connu quelques soubresauts cahotiques. Pourtant issue de l'honorable éditeur indépendant Dark Horse, elle patit sans doute de l'image souvent négative des adaptations BD d'oeuvres cinématographiques, réputation qu'il serait bon de nuancer au vu des réelles réussites du genre.

Au premier rang desquels se hissent naturellement Aliens et Star Wars ; rappelons-nous les bouses immondes subies ces dernières années sur grand écran (Alien vs Predator : interdits aux plus de

12 ans, ou les ratages complets de son altesse sénilissime George Lucas), et affirmons haut et fort : OUI, les comics issus des collections Dark Horse nous offrent des qualités depuis longtemps absentes des produits formatés pour ados américains pré-pubères vomis par les studios hollywoodiens. L'audace et l'imagination ont quitté les salles obscures pour se réfugier dans les pages de ces comics que l'on croit réservés aux gamins, et qui réservent pourtant des petites perles que certain éditeurs passionnés tentent de nous faire partager dans la belle langue de Molière.

 


Si le volume que nous tenons entre les mains aujourd'hui porte fièrement le numéro 1, notons qu'il s'agit là d'un pur effet marketing. Démarrée en VO depuis des années, bien avant la naissance de certains d'entre vous, Aliens en VF a connu les honneurs de plusieurs éditeurs, parmi lesquels Dark Horse France, Zenda, Toth, ou encore le petit label Wetta. Des premiers on retiendra quelques volumes taille "BD", à la couverture souple et au nombre réduit de pages, un format batard entre comics et franco-belge qui n'a pas trouvé son public. Du dernier, quelques volumes de taille plus petite -assumant son origine américaine - au prix de vente plus raisonnable et qui méritent le détour (on y reviendra peut-être).

 


Nouveau départ, nouvelle tentative de publication sous l'égide de l'éditeur Soleil, bénéficiant avec bonheur des expériences difficiles de ses ainés et proposant à son tour un format différent : des volumes épais présentant des histoires complètes, à la taille originale des comics et protégés par une solide couverture cartonnée façon "BD franco-belge". Du sérieux qui a fait ses preuves chez la concurrence...

C'est à John Arcudi (BPRD, le spin-off d'Hellboy) qu'échoit l'honneur d'inaugurer cette renaissance hexagonale. Son  histoire se place dans la longue chronologie de la série (par une petite allusion à l'invasion passée de la terre par les Aliens - fantasme de cinéphile qui ne verra sans doute jamais le jour sur grand écran), mais peut se lire de façon parfaitement autonome.
Comme souvent, nous avons affaire à une confrontation entre un groupe d'humains et nos monstrueux xénomorphes sur une nouvelle planète apportant son lot de surprises.
Etonnant, non ?
Si le concept "Aliens" supporte mieux que d'autres les variations, le thème ne peut pas se renouveler totalement non plus - le caractère légèrement monomaniaque des principaux protagonistes contraint quelque peu les possibilités narratives.
C'est dans les petites nuance

s et l'ambiance spécifique à chaque épisode que l'on puisera son intérêt et son plaisir. Un peu comme au cinéma : tout ayant été dit dans les deux premiers films, c'est finalement la personnalité de l'auteur qui donne son intérêt aux suites, plus que l'histoire elle-même.

Ici, les méchantes bêtes n'apparaissent finalement qu'assez peu, le personnage principal se heurtant à d'autres ennemis plus sournois. Son parcours se voit entaché de quelques péripéties surprenantes, qui renouvellent régulièrement l'intérêt. Une écriture maline, dans la mesure où le propos n'est pas le même qu'au cinéma : on n'est pas là pour sursauter, c'est plus une ambiance (éventuellement oppressante) qu'on recherche. Et s'il est souvent difficile de l'obtenir en BD, le contrat est convenablement rempli ici. L'ensemble est servi par un dessin de bonne facture, raisonnablement moderne dans son découpage, tout en main

tenant une lecture fluide. Rien à dire, c'est agréable, parfois surprenant sans choquer, à l'image du scénario...

Retrouver cet univers est toujours un plaisir, en attendant le nouveau film de Ridley Scott himself. On ne boudera pas son plaisir devant ce volume cohérent et intéressant, qui inaugure très correctement la renaissance de la licence.
Et qu'on espère suivi de quelques autres dans la même veine si le succès est au rendez-vous.


Repost 0
8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 13:55

 

La vie est pleine de bonnes surprises.
Sisi, je t'assure, toi, mon camarade qui te morfond dans ta neurasthénie gothique, toi mon frère qui collectionne les albums de black metal dépressif ouzbeks en maudissant chaque jour une morne existence où tu crois avoir tout vu tout vécu. Sort de ta torpeur, ouvre les yeux, et tu découvriras des merveilles.
Oh, je ne te propose pas de te convertir soudainement à la beauté des fleurs de patch

oulis et aux chemises du même tabac, non. Tu n'es pas même obligé de vouloir changer le monde en allant marcher à leurs cotés.
Non, pas besoin de se renier, juste s'ouvrir à la sombre nouveauté. Oui, la darkitude peut se révéler sans gravir la muraille de Chine ; juste là, au détour d'une rue, quand on s'y attend le moins. Parfois, c'est un simple bouquin aperçu sur étal de libraire...

Tiens, je prend un exemple. Tout le monde connait les éditions "Soleil", éditeur de "Lanfeust de Troy", ses suites, ses dérivés, ses copies, etc.

Et pour le bon guerrier

barbare qui n'est pas là pour rigoler, leur collection celtique aura de quoi combler des étagères Ikea jusque-là bien vides. Même l'amateur le plus distrait n'aura pu s'empêcher de remarquer les sorties régulières d'ouvrages reprenant allégrement les blagues douteuses sur -au choix- les blondes, les geeks, les CRS, etc, celles-là même que l'on a reçu 1374 fois en powerpoint ces 15 dernières années, mais qui fournissent toujours des cadeaux à peu près corrects car financièrement raisonnables et idéalement passe-partout.
(on attend avec une impatience mal dissimulée l'adaptation de "viedemerde.fr").
(Ah non, tiens, ca existe déjà... Après J'ai Lu  qui a sorti la version "livre de poche", on attend maintenant la transposition au ciné ).
Enfin bref, des évidences suffisemment notoires pour émettre sur cet éditeur un jugement aussi méchamment péremptoire que gratuitement caustique dont nous avons le secret, nous, les vrais rebelles qui faisons peur à la bonne société versaillaise avec nos festivals satanistes.

Et là, paf !
Oui, paf, LA surprise.
Qui défrise.
Qui te met un coup dans la gueule que tu croyais pourtant insensible tellement tu en a pris -personne ne se rend compte à quel point tu en baves dans cette vie qu'est vraiment trop injuste avec toi.

Cette surprise, ce truc sortit de nu

lle part que personne n'attendait malgré ces années perdues à fouiller les rayons de la bibliothèque géante du forum des halles (ce magasin qui réussit à vendre des bouquins d'occase à prix neuf, quels agitateurs !!), cette surprise qui dénote tellement que le vendeur s'est forcément trompé -on embauche vraiment n'importe qui de nos jours- , cette incongruité à l'heure de la littérature pré-digérée, cet improbable volume format BD : Les contes macabres, d'Edgar Allan Poe.


Oui, tu as bien lu, Edgar Allan Poe, cet auteur qui, n'étant plus de la première jeunesse, n'en reste pas moins une référence absolue que tout bon darkboy (ou darkgirl, on n'est pas sexiste) se doit de connaitre sur le bout des doigts. Un auteur qu'on n'imaginait certainement pas ici, entre le dernier XIII et la 43e réédition de Gaston Lagaffe.
Jetant un regard à droite et à gauche -il ne faudrait pas être surpris en train de paraitre ne serait-ce qu'un tant soit peu intéressé-, on ouvre l'imposant volume avec un détachement ostentatoire, on le feuillette discrètement en préparant plus ou moins mentalement un avis définitif sur cette mode des chefs d'oeuvres de la littérature résumés en BD, dont le principal (et seul ?) intérêt réside dans sa facilité de lecture, tellement plus pratique qu'une anthologie pour préparer son bac de français.



Et là, Re-paf, re-surprise, re...
Enfin, tu vois quoi.

Car il ne s'agit nullement d'une de ces adaptations rapidement dessinée et scénaristiquement douteuse destinée à combler le manque de qualité éditoriale par une quantité financièrement rassurante, mais bien d'authentiques nouvelles, que du texte, sans petites cases, un truc à lire comme dans l'ancien temps, un truc de parents, quoi... Qui se présente sous la forme d'un ouvrage luxueux, reprenant des textes intégraux du maître, ET superbement illustré par un certain Benjamin Lacombe. Pourtant, l'observation plus attentive de l'emballage de l'objet aurait dû titiller notre curiosité : une reliure entoilée de belle épaisseur, une couverture classe et sobre aux couleurs rouge et noir -subliment dark, faut-il le souligner-, et une illustration stylée d'une jeune femme suitant la mélancolie, la vraie, celle des textes qu'elle honore dignement.
Un écrin parfait pour une oeuvre qui ne l'est pas moins.

"Quelque chose de profond et de miroitant comme le rêve, de mystérieux et de parfait comme le cristal ! "

Ne pouvant se plonger aussi subitement dans les textes -certaines oeuvres mérient mieux que la lumière blafarde des néons et le bruit assourdissant d'un supermarché -, on se hasarde à feuilleter l'ouvrage pour s'attarder longuement sur les illustrations intérieures savamment disséminées au long des pages, et donc la beauté mélancolique n'a rien à envier à celle de la couverture. Benjamin Lacombe, qui officiait précédemment sur des bouquins fantastiques pour ados, a trouvé ici de quoi s'exprimer pleinement.
Une ambiance sobrement triste, tout en finesse et suggestion. Superbe.
En continuant, on découvre en fin de r

ecueil une abondante biographie de l'auteur, des notes sur les textes ici présentés, quelques explications sur Baudelaire -traducteur du maître-, et enfin sur ce dessinateur dont le style correspond si parfaitement à l'ambiance glauque des histoires, qu'on les croirait écrites pour lui..

Qu'ajouter à celà, sinon qu'il est nous est ainsi donné l'occasion de se replonger dans ces petits bijoux que sont "La chute de la maison Usher", ou "le chat noir", un plaisir rare dont il ne faut pas se priver. Des tex

tes précieux, nécessaires, servis dans un écrin de toute beauté. Un ouvrage que l'on qualifierait facilement d'indispensable si le terme n'étais pas si galvaudé.
Finalement, oui, la vie est pleine de tristement bonnes surprises.

Repost 0
21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 14:00

Glen Cook nous avait asséné une bonne claque avec la Compagnie Noire, petit chef-d’oeuvre de Dark Fantasy militaire. Il nous revient ici dans un style légèrement différent, mais toujours dans sa volonté de renouveler un genre qui meurt de ses clichés.


On le sait, pour la gueule de bois, il n'y a qu'un seul remède : rester couché et attendre que ça passe. Pourtant, quand une jolie - mais furieuse - cliente débarque dans son bureau pour lui annoncer la mort d'un de ses vieux frères d'armes, impossible pour Garrett de s'en tenir au plan initial. Sa mission : retrouver la maîtresse du défunt, à qui ce dernier a légué une somme colossale. Le hic, c'est qu'aux dernières nouvelles la belle se trouvait dans le Cantard, une région où elfes, gnomes, vampires et autres centaures se livrent une guerre sans merci. Et, pour ne rien arranger, cette charmante personne compte parmi les amours de jeunesse de Garrett. II y a des jours comme ça...

Garett, ancien commando marine, exerce désormais la noble profession de détective privé. Dans un monde où les lois s'appliquent de manière aléatoire, ce n'est pas toujours une sinécure. Si les missions paraissent toujours simples au premier abord, Garett possède une faculté innée à se mettre à dos des créatures improbables, quand il ne s'attaque pas directement à l'élite de sa ville. Et ces gens là ne s'embarrassent pas de préambules, les affaires se règlent à coup d'assassinats nocturnes dans les ruelles sombres ou les bouges mal famés.

Vous l'aurez compris, Glenn Cook propose un savant mélange de polar hard boiled et de médiéval fantastique urbain.
Du premier il reprend les principaux ingrédients : intrigues à tiroirs et rebondissements en cascade, coups fourrés et morts violentes, fonctionnaires corrompus et acolytes peu scrupuleux, jolies pépés attendrissantes et pas toujours claires...
De la Fantasy, il conserve essentiellement un bestiaire exotique, mais toujours adapté à sa sauce : si le principal associé de notre détective est un elfe noir, Cook en fait un tenancier de bar végétarien carburant au jus de carotte (et accessoirement grand séducteur de femmes mariées)...

Le décor est planté : pas de grandes quêtes épiques, mais une ambiance légère et parfois décalée. Sans tomber dans le burlesque -on est loin du Terry Pratchett cité en 4e de couverture-, mais sans se prendre trop au sérieux.
Ce qui n'empêche pas l'auteur de proposer des intrigues tortueuses et sombres, qui n'ont rien à envier aux maitres du polar.

Et le mélange fonctionne à merveille : monstres, magie, fantastique imprègnent réellement l'histoire, au-delà d'un simple décor dépaysant. Un équilibre bien maitrisé, servi par une écriture directe et imagée ; sans oublier sa marque de fabrique : une narration dynamisée par l'emploi de la première personne.
A l'opposé d'un Tolkien et ses (trop) nombreux émules éblouis par leur propre création, Cook ne noie pas son lecteur dans de longues descriptions plombantes. Sobre et efficace, il se concentre sur ses personnages et son intrigue, n'hésitant pas à occulter certains détails pour faire progresser son récit. Son univers possède une vraie consistance sous-jacente, mais il le dépeint avec une grande économie, ne donnant que les informations nécessaires et laissant toute sa place à l'imagination du lecteur.
Intelligent et rafraichissant.

Une oeuvre plus simple que "La Compagnie Noire", certainement moins marquante, mais particulièrement bien construite et bien écrite et qui se dévore d'un trait...


Actuellement, la série compte 13 tomes en VO.
4 sont parus en grand format aux éditions L'Atalante.
3 sont parus en poche aux éditions J'ai Lu.

Repost 0
20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 13:59

En bon collectionneur compulsif, la publication récente de la série de Delcourt donne envie de se replonger dans ce comics sorti il y a 2 ans chez Panini.
Sans lien avec la nouvelle parution, ce volume isolé propose quatre courtes nouvelles, situées autour du film de Danny Boyle.
Racontant certains événements "avant-pendant-après", elles redessinent une histoire parallèle, donnant quelques éclaircissements sur la nature du virus, les premiers jours de contamination, etc.

Steve Niles, auteur de talent habitué des comics d'horreur (on lui doit notamment "30 jours de nuit") développe une écriture efficace sur un sujet qui laisse encore une fois peu de place à la surprise. Si les rebondissements restent relativement convenus, les personnages sont bien développés, Niles se permettant de créer des échos d'une histoire à l'autre, d'un personnage à l'autre, qui maintiennent finalement l'intérêt jusqu'au bout.

Quatre histoires, quatre dessinateurs aux styles différents, quatre ambiances particulières malgré une colorisation assurée par le même artiste. Plus ou moins réussis, ces styles ne choquent pas dans l'ambiance sombre qui se dégage du récit.
Car l'essentiel est là, l'ambiance apocalyptique est parfaitement rendue, agrémentés de détails qui enrichissent l'univers d'origine.

Soyons honnête, il ne s'agit pas là du comic du siècle, mais c'est avec un grand plaisir qu'on se replonge dans cet univers pour en découvrir d'autres facettes. Les amateurs du film ne devraient pas être déçus.
Il y a des choses bien pires à glisser dans son sac de plage cet été...


Le site de l'auteur : steveniles.com
Editeur (France) : Panini Comics

Repost 0
27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 13:58

L'adaptation en BD d'oeuvres cinématographiques a débuté sous de mauvais hospices. Considéré longtemps comme un sous-produit, la tâche était souvent baclée, et ne présentait qu'un intérêt limité, à la fidélité douteuse quand il ne s'agissait pas uniquement de reprendre le scénario du film de manière simpliste et grossière.
Et puis est arrivé Dark Horse, acquérant certaines licences très médiatiques (Star Wars, AlienS), construisant patiemment une respectabilité en réhabilitant le genre,
par l'intervention d'auteurs intéressants -en devenir ou parfois plus médiatiques-, en travaillant sur la cohérence et le respect de l'histoire d'origine, en proposant des produits sérieux, aboutis, travaillés.

C'est dans cette lignée que le studio Boom! a produit ce "28 jours plus tard", disponible ce mois-ci sur les étals de nos épiceries. Reprenant le personnage de Séléna, la série se pose en suite directe du film de Danny Boyle, et prévoit de narrer les quelques mois qui suivent, en lien avec l'opus suivant.

Séléna, réfugiée dans un camp de survivants en Norvège, se voit proposer par une équipe de journalistes de retourner à Londres, pour une enquête destinée à révéler au public international la situation réelle de l'épidémie, alors que les autorités internationales semblent vouloir étouffer l'affaire.
Qu'on ne s'y trompe pas, si le prétexte parait politique, ce volume ne prend pas du tout la direction d'une dénonciation du rôle des institutions dans une catastrophe sanitaire. Il ne s'agit (pour l'instant ?) que d'un point de départ pour expliquer le retour en zone contaminée.

L'écueil principal dans ce type d'adaptation réside évidemment dans l'impossibilité de retranscrire la tension vécue à l'écran. Pas de musique, pas de mouvement, on perd la quasi totalité des moyens de créer le suspense. Sans parler du déroulement même des événements : une fois les codes établis dans le film, difficile d'innover quand à l'apparition des infectés, de leur impact sur l'équipe, etc.

On appréciera d'autant plus l'histoire de Michael Alan Nelson, qui pose rapidement ses bases sans forcément beaucoup d'originalité -on est en terrain balisé-, pour mieux les chambouler un peu plus tard. Ayant bien compris les limitations du style, il développe les relations entre les personnages, créé des tensions, les résoud brutalement pour recréer des situations différentes. Plus que les infectés eux-même -qui ne font pas peur-, il axe son travail sur les conséquences sur le groupe, et l'évolution rapide des événements.
Et recréé donc une forme de suspense plus spécifique au média utilisé.

 

Un système parfaitement rodé dans la série "Walking Dead", désormais la référence dans le domaine (et dont la première scène ressemble étrangement  au film de Dany Boyle).

 

Hélas, ce travail d'exposition intelligemment mené s'interrompt beaucoup trop vite. Le seul défaut de ce premier volume qu'on n'attendait pas : il est trop court !!!
Vite M.Delcourt, on veut la suite !!!


Editeur (France) : Editions Delcourt
Editeur (US) : Boom ! Studios

Repost 0
2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 18:27
DE BONS PRESAGES - N. GAIMAN, T. PRTACHETT
L'Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé ! Ainsi en ont décidé, d'un commun accord, les forces du Bien et du Mal. L'Antéchrist va fêter ses onze ans. Son éducation a été supervisée par un ange, Aziraphale -libraire spécialiste des éditions rares-, et un démon, Rampa -amateur de Bentley de collection-, résidents sur Terre depuis l'époque de la première pomme. Mais voilà, suite à un coup du sort, l'enfant a été échangé à la maternité. Le vrai Antéchrist se nomme Adam et vit dans la banlieue londonienne. Et ça, ça change tout ! Une course contre la montre commence alors pour l'ange et le démon qui, finalement, se disent que la race humaine ne mérite pas son sort...

Associer deux grands noms de la littérature fantastique anglaise pour un roman de fantasy urbaine et contemporaine est une promesse d'originalité qui devrait titiller la curiosité de l'amateur le plus blasé.

Surtout quand le résultat est à la hauteur des espérances, mêlant l'érudition de Neil Gaiman et l'humour décapant de Terry Pratchett. Quand "Damien, la malédiction" rencontre les Monty Python.
Mélange improbable que l'on imagine aisément conçu à une heure avancée de la nuit, lors d'une soirée de beuverie entre deux potes sérieusement éméchés. Et quand la note d'intention est tenue, excellemment tenue même, C'est un grand moment de bonheur que l'on doit au culot des deux auteurs.

Enchainant les situations délirantes, sur fond de dialogues savoureux bourrés de cet humour britannique frôlant l'absurde et le surréalisme, le roman ne souffre aucune pause, se lisant comme une aventure "mystique" très bien documentée, autant que comme une bonne tranche de rire. Rire qui pointe à chaque paragraphe par les nombreuses références historiques, culturelles, sociales, appuyées par les commentaires hilarants du narrateur, prétexte à ironie mordante ou simple moquerie bon-enfant. Aucun répit, mais aucune lourdeur pour autant : la narration est d'une fluidité exemplaire. Une écriture vraiment brillante.

Comme tout bon roman, il se double évidemment d'une satire du mode de vie britannique (réflexions sur l'urbanisme, la télé, etc), qui n'a pas pris une ride vingt ans après. Des petits détails qui ancrent le roman dans une réalité urbaine bienvenue et rafraichissante.

L'amateur pertinent reconnaitra ici ou là une figure de style de Pratchet ou les connaissances mythologiques de Gaiman, mais l'ensemble fait toutefois preuve d'une homogénéité rare. Une réelle fusion des styles soulignant la sincérité du projet et du travail en commun.

Seul risque à envisager en entamant ce livre : se surprendre à éclater de rire tout seul dans son salon. Un petit bijou d'humour intelligent, à mille lieux des clichés stériles de la Fantasy actuelle, bref à lire séance tenante !
 
Jiheffe

goodomenslexicon.org : le lexique des lieux, personnages, situations...

www.neilgaiman.com
www.terrypratchettbooks.com
Repost 0
28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 18:24
FELL T1 : SNOWTOWN - ELLIS, TEMPLESMITH
On a tous quelque chose à cacher. Lorsque l'inspecteur Richard Fell est transféré de l'autre côté du pont qui sépare la capitale du quartier de Snowtown, il n'imagine pas être confronté immédiatement au torrent d'immondices que lui réservent les habitants de ce véritable purgatoire sur Terre. Justicier par conviction, flic par désespoir, Fell est lui aussi hanté par un lourd secret.


Fell est une série (1) américaine indépendante qui a connu rapidement un bon succès d'estime.
Le challenge de Warren Ellis était clair : écrire de petites histoires complètes qui tiennent la route en une vingtaine de pages. Une réponse à certaines critiques sur les séries grand public (comprendre : super-héros) et leurs scénarii exagérément étirés (un reproche valable également en BD franco-belge d'ailleurs). Un détail important pour comprendre et apprécier la structure de ces minis récits, inspirés en partie de faits divers (comme souligné dans les postface VO de l'auteur, hélas non reproduites ici), traités en un temps très court.

Ellis, scénariste souvent génial, réussit parfaitement son pari. Les personnages et situations sont caractérisés en quelques mots, quelques cases, les raccourcis nécessaires ne nuisent aucunement à la clarté et à la fluidité du récit. Ils contribuent même à l'ambiance assez mystérieuse qui entoure cette ville et ses habitants. Mystères agrémentés de petits détails intriguants, comme cette "none" qui apparait régulièrement à l'inspecteur Fell et dont on ne saura rien...
Et si les histoires abordés sont évidemment très sombres, la lecture n'est en rien éprouvante pour autant, tel n'est pas le propos. Léger humour noir, sauvetage du héros par une histoire sentimentale qui traverse les épisodes, on reste dans du polar noir mais pas complètement désespéré.
Superbe.

Ellis sait également s'entourer d'illustrateurs qui servent son propos (comme sur Desolation Jones). Celle fois encore, le dessin démultiplie la force du récit. Le graphisme de Templesmith aux ambiances très brutes, souligne la noirceur du propos par ses monochromes gris/brun, parfois bleus. Une colorisation peu habituelle, rugueuse, loin des standards photoshop auxquels on est habitué... L'ensemble peut rebuter, mais il faut passer outre : les doutes sont vite balayés, et l'on se surprend à en redemander encore, une fois le livre refermé.
Une série (1) de grande qualité !

Jiheffe

(1) A noter que la "série" est pour l'instant en stand-by, et que ce volume contient donc l'intégralité des histoires actuellement publiées. Une "saison 2" est prévue, mais repoussée par l'auteur suite à une perte de ses données.






Repost 0
23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 20:13
Desolation-Jones-T1Ancien agent du MI6, Michael Jones est le premier cobaye à avoir survécu au Desolation Test, une expérience redoutable mise au point par le gouvernement britannique. Maintenu en vie par des perfusions, Jones a été contraint d'engranger un flux ininterrompu de données et d'images horribles, tandis que des stimulants injectés sans relâche dans son organisme l'empêchaient de dormir ou de sombrer dans l'inconscience pendant une année entière. Désormais, Jones vit à Los Angeles, où il travaille comme détective privé au service d'une communauté secrète d'anciens espions, tous assignés à résidence dans la métropole californienne.

Avec un pitch digne d'un épisode des X-files version trash, on sait immédiatement à quoi s'en tenir : pas de bons sentiments, pas de héros pour sauver la planète, pas de conte de fée détourné, l'heure est grave. On n'est pas là pour rigoler.

Alors certes notre agent ne dort pas, ne ressent rien -ni douleur ni sentiment- et n'existe plus au yeux de la loi, il n'est donc soumis à aucune restriction morale ou physique. Certes ses amis et adversaires ont tous subis des expériences plus ou moins traumatisantes les amputant d'une partie de leur humanité. Mais l'histoire en elle-même se révèle plus habituelle : Michael Jones est engagé pour retrouver une collection de films porno un peu particuliers, dérobés à un général en retraite. Evidemment, son enquête va l'ammener à rencontrer des personnages et situations de plus en plus louches, où rien ni personne n'est exactement ce qu'il prétend être. La violence se déchaine, et les masques tombent...

Si l'histoire est résolument sombre, violente, décalée, elle n'est pas moins empreinte d'une certaine forme d'humour noir et détaché -l'auteur est anglais-, qui allège un propos assez dur et favorise l'adhésion à des situations rocambolesques. Ellis est un scénariste génial quand il officie sur ses séries personnelles, et il signe là un de ses meilleurs travail, plus direct et plus percutant que Transmetropolitan. Moins politique, évidemment, on reste ici dans un pur récit d'enquête, mais dans laquelle les idées les plus folles se marrient à un rythme du récit parfaitement maitrisé qui rend difficile l'abandon de la lecture avant la fin.


Réglement de compte violent entre barbouzes, enquête dans le milieu du porno gonzo, le label "Mature readers" sur les couvertures américaines n'est pas un hasard, ce n'est pas une lecture à laisser à la portée des enfants... (ne rions pas, il y a encore de bonnes âmes qui croient que la BD est un truc facile réservé aux gamins)

Le traitement graphique de J.H. Williams III sublime l'histoire sauvage et folle de Warren Ellis. Déjà vu sur le génial Prométhéa (d'Alan Moore, excusez du peu), il continue ici à expérimenter, d'une manière heureusement différente. Alternant pages destructurées et alignement bien réguliers de cases, passages colorés et d'autres  volontairements très gris, rouge dans les scènes d'action, ou encore noir et blanc pour les flash-back, la recherche est constante, sans être ostentatoire ni pénible. Un must.

Sorti depuis quelques temps déjà, ce bouquin est peut-être difficile à trouver aujourd'hui, mais cela ne doit pas être un obstacle, il le mérite vraiment.
Et au pire, il est disponible en anglais.
Jiheffe

Editeur (France) : Panini comics
Editeur (US) : Wildstorm / DC comics

www.warrenellis.com
www.jhwilliams3.com
Commentaires de Warren Ellis sur son oeuvre.
Repost 0