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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 17:42
Le Prestige est le récit d'une bataille entre deux prestidigitateurs dans l'angleterre de la fin du XIXe siècle. Une opposition qui monte graduellement en intensité, jusqu'au dénouement évidemment tragique.
Racontée alternativement du point de vue de chaque protagoniste, la vérité se fait jour petit à petit...

Pour moi, le Prestige était d'abord un film.

Réalisé par Christopher Nolan juste après Batman Begins, il représente une excellente synthèse de sa courte carrière, entre "l'expérimental" Mémento et le blockbuster Batman.

De ce dernier, il reprend les acteurs (Christian Bale, Michael Caine) et l'équipe technique (superbe photographie, superbes décors, superbes costumes...).
De Memento, il reprend la narration croisée entre plusieurs points de vue.
Et Nolan excelle dans ce domaine, mélangeant 4 trames narratives : le point de vue de chaque magicien au "présent" (la fin de l'histoire), et au passé (la narration de leur affrontement depuis le début). Et dans cet enchevêtrement rapides de faits, de bluffs, de twists, de changement d'époques, on ne se perd jamais. Une maitrise bluffante de la narration.

Un petit bijou cinématographique, qui n'a pas trouvé son public faute de positionnement clair. ("drame psychologique en costume teinté de fantastique", ça n'attire pas...).
Même la présence d'Hugh Jackman, pourtant en plein boom, n'a pas suffit.

C'est en trainant dans les rayons de ma crêmerie que j'appris par hasard que "Le Prestige" était avant tout un roman de Christopher Priest.
Un auteur de science-fiction de bonne réputation, que je connais mal n'ayant lu que "Le monde inverti" il y a 25 ans. Un livre qui m'avait profondément marqué par son originalité, au point d'en garder un souvenir très fort.
Toujours passionné par la transposition littérature/cinéma, je me suis jeté dessus.
(qu'il m'ait fallut deux ans ensuite pour le lire est une autre histoire).

A l'instard de Blade Runner, la version littéraire du Prestige est très différente de la version cinéma. Cette dernière n'en garde que l'essence, quelques éléments des personnages, mais en modifie suffisamment la trame pour en devenir finalement une oeuvre indépendante.

Dans le roman, les personnages paraissent victime de leur affrontement, né d'une petite querelle initiale assez banale. Pris dans cet enchainement de petites vengeances successives, ils le regrettent tout deux sans pouvoir en sortir.
Une idée qui n'est pas réellement reprise dans le film, qui dépeint des protagonistes nettement plus agressifs et "acteurs" de leur querelle.

Cette "malédiction" se tranmet d'ailleurs aux génération suivantes, prises elles aussi dans l'engrenage. Mais ce point n'est pas assez développé, et n'amène finalement pas grand chose. Cela aurait peut-être mérité quelques développements.

Autre différence importante : le montage est plus simple, les deux points de vue se succédant plutôt que de se mélanger, ce qui induit finalement une tension moindre.

Finalement, en se concentrant sur les seuls magiciens, en créant un montage complexe mais lisible, le scénario de Nolan est plus efficace, plus intense. Plus spectaculaire aussi, sans réellement perdre de subtilité.
Je vais donc commettre un crime de lèse-majesté, en affirmant que le film hollywoodien est nettement supérieur au roman du maitre...



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8 juillet 2007 7 08 /07 /juillet /2007 11:57
Voici une BD acheté par pur hasard, juste parce que le concept m'a paru original, on dira "innovant" pour être à la mode. Petit format (A5 et 30 pages), papier journal, impression noir et blanc, le tout proposé pour 1 euro. La série doit durer 12 numéros, à raison d'un épisode par mois. Une adaptation intelligente du fonctionnement original des "comics" américain. 1 euro, on ne prend pas grand risque...


Cite14-1.jpgDans ce premier épisode de la saison 1 (on sacrifie à la mode des séries télé en nommant ainsi la première série de 12 épisodes), on suit l'arrivée d'un immigrant dans la Cité 14, entre interrogatoire de police (qui donne son titre à l'épisode), et première intervention du personnage dans une "rixe" entre gangster. Où l'on comprend que notre "héros" n'est pas aussi blanc qu'il le prétend aux autorités.

En 30 pages, difficile de se faire une idée de la direction choisie par les auteurs, mais le ton est là, entre film mafieux et critique politique d'un pays "autoritaire". On pense évidemment aux USA, mais la Cité 14 pourrait tout aussi bien se trouver n'importe où. Une manière habile de rester en dehors de la simple critique de l'actualité.

Le dessin est sympathique, mélant animaux et humains avec un trait fin et détaillé. Malgré un support peu propice à des délires graphiques, les décors sont assez riches. Agréable.

Les 3 épisodes parus à ce jour se trouvent en librairie et sur amazon. Il sera également proposé un petit coffret afin de ranger l'intégralité de cette première saison.
La série est complété par un site web bien fait, avec présentation du concept, des personnages, etc. Il est possible d'en lire une page sur le catalogue en ligne de l'éditeur.

Une idée intéressante, à suivre...


Auteurs : Pierre Gabus, Romuald Reutimann
Edition : Paquet,
ISBN : 978-2888901433
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10 juin 2007 7 10 /06 /juin /2007 22:17
Difficile de résister à Manu Larcenet, auteur branché qui innonde les rayons de BD de séries partout acclamées. J'avais réussi à l'éviter jusqu'ici, mais il m'a eu par surprise avec ce Nic Oumouk humoristique qui a rejoint mon panier sans que je m'en rende compte.


Nic-Oumouk-T2.jpg Sorti en pleine campagne présidentielle et ses amalgames nauséabonds entre délinquance et immigration, ce Nic Omouk manie un humour de bon alloi pour traiter de situations humaines et sociales souvent caricaturées.

"- On en a parlé des centaines de fois, Nic : pas d'émeutes, surtout la veille d'un contrôle de biologie.
- Avec une telle éducation, faudra pas s'étonner si je deviens honnete. Donc pauvre".

Faisant ouvertement référence aux émeutes de l'automne 2005, amplifiées et déformées par la surenchère médiatique, Larcenet remet salutairement quelques pendules à l'heure : pour quelques casseurs professionnels, la majorité de la population "des quartiers" assiste aux événements en spectateur pour ne pas dire en victimes.
C'est d'ailleurs le cas de notre petit Nic qui se verra injustement condamné à des travaux d'intérêt général.

"- Dans travail d'interêt général, il y a le mot "travail", ce qui pose tout de même problème".

Le voici donc obligé de se rendre à la campagne ("il est long ce RER") pour aider un paysan bio à lutter contre une multinationale du Kebab à 1 euro. La cohabitation ne sera pas de tout repos pour les deux parties...

Un personnage sympa et attachant, des dialogues qui font mouche, drole et intelligents, des situations abracadabrantesque. La fin vire un peu au délire pur, mais on n'est pas là pour une histoire sérieuse. On ressort finalement heureux d'une lecture qui ose aborder des sujets graves de manière subtile et drole.On retrouve évidemment certains thèmes de prédilection de l'auteur (l'affrontement vie rurale/ vie citadine). L'humour tient bien la longueur, et sans moraliser, ce qui est remarquable au vu du sujet. Une bonne et saine lecture !


Auteur : Manu Larcenet
Edition : Dargaud, collection : Poisson pilote
ISBN : 978-2205059977
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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 08:00
Comment parler de philosophie à des lecteurs de BD ? Pas évident, sauf quand on s'appelle Alan Moore.

Un des plus grands auteurs de BD britannique, il a commis quelques chefs d'oeuvre : Watchmen, V pour Vendetta, From Hell. Certaines ont connu des adaptations cinématographiques au succès artistique divers (qui a dit "La ligue des gentlemens extraordinaires"), aucune ne rendant réellement hommage à la richesse des oeuvres originales.

Certaines de ses oeuvres, comme les Watchmen, sont parcourues de reflexions sur son medium d'expression, le comics. Ici, il en fait le thème principal de l'histoire.

Promethea - Alan Moore, J.H. Williams III (3 tomes)
Ed. Semic

promethea 1Sophie Bangs est étudiante en littérature. Pour son mémoire, elle décide de s'intéresser à une figure récurrente de la littérature populaire, Promethea. Héroïne de différentes oeuvres, romans, pulps, comics, elle semble parcourir les siècles depuis la plus lointaine antiquité.
Recherchant la dernière auteur(e) ayant traité du personnage, Sophie s'aperçoit que son interlocutrice incarne réellement Promethea. Elle découvre alors Immateria, le monde des idées, dans lequel vivent tous nos rêves, tous nos fantasmes, tous les personnages imaginaires. Pour accéder à ce monde, il suffit de le vouloir assez fort, et de "créer" à son tour une oeuvre d'imagination.
Sophie va peu à peu devenir la nouvelle Promethea, même si certains ne l'entendent pas de cette oreille et semblent prêt à tout pour l'en empêcher.


Promethea traite donc de l'imagination et de la création littéraire. Bien sur, il s'agit avant tout d'un comic, Et Alan Moore enrôbe son propos dans une histoire de super-héroïne dont l'acoutrement fait penser à un autre célèbre déesse de bande dessinée américaine. Il situe son histoire dans des états-unis de science fiction, où les voitures volent, en y rajoutant un peu d'action histoire de fournir un terrain "connu" à ses lecteurs, mais qu'on ne s'y trompe pas, tout cela ne reste qu'un prétexte pour aborder des sujets plus "sérieux".

promethea-2De la parution en fascicules mensuels, on garde un traitement parfois un peu décousu, dans lequel perdure la trame de fond, mais qui induit parfois des coupures au milieu des albums. Adaptation au format "recueil", plus commun chez nous, oblige.

Le premier tome sert d'introduction et de présentation du personnage, d'Immateria, des enjeux servant de "support" à l'histoire (le "temple", qui veut empêcher Sophie de devenir Promethea).

Le deuxième tome présente un peu plus en profondeur les autres incarnations de Promethea. Il est le plus fluide des trois, avec une structure et une progression plus classique.

Le troisième tome part dans une direction un peu différente, s'intéressant à la magie et aux tarots. Alan Moore introduit même des allusions directes à Aleister Crowley qu'il a étudié à une époque où il voulait arréter l'écriture pour devenir magicien.
Dans sa visite guidée de l'occultisme, il oublie carrément son histoire pendant une bonne moitié de l'album, devenant très didactique. Intéressant, mais très surprenant.

Alan Moore sait toujours trouver le dessinateur qu'il faut, pour chacune de ses oeuvres. Là, encore une fois, il choisit de travailler avec quelqu'un qui possède un style très particulier, mais qui s'adapte parfaitement au sujet et à son traitement.

promethea-3Coloré, foisonnant, le dessin de J.H. Williams III se révèle tout aussi "expérimental" que son sujet, avec des cases qui s'orientent un peu dans tous les sens, des personnages et arrières plans qui "brisent" les barrières de ces cases et se répandent réellement partout donnant des pages riches et destructurées (les couvertures des tomes 2 et 3 en donnent un bon aperçu). Le terme "destructuré" est d'ailleurs faux, tant chaque page semble justement pensée, réfléchie, construite pour coller précisément au texte. La destructuration se comprend donc par rapport au format "classique" de la BD...

J.H. Williams III partage entièrement la reflexion d'Alan Moore sur son medium et le moyen d'en dépasser les limites. Et le résultat est passionnant même s'il faudra plusieurs lectures pour apprécier la richesse et l'énorme complexité de chaque page.

On le voit, on n'a pas affaire à une oeuvre ordinaire. S'il garde quelques allusions aux super-héros, thème sur lequel il a travaillé chez DC Comics (Batman, Superman) entre autre, Alan Moore s'en sert surtout de prétexte pour des reflexions parfois décousues sur ses centres d'intérêts.
Une oeuvre exigeante qui mérite une attention particulière, et qui nécessite éventuellement de connaitre quelques publications précédentes de l'auteur (une lecture des Watchmen est conseillée), afin de s'intéresser à son questionnement très personnel.

A noter que ces 3 volumes sont parus en français chez Semic, éditeur actuellement en sommeil, et peuvent être difficiles à trouver. Panini Comics a récupéré les droits, et s'apprète à sortir le tome 4, mais sans donner de précisions sur une éventuelle réédition des premiers tomes.


Scénario : Alan Moore
Dessin : J.H. Williams III
Couverture : J.H. Williams III

Edition française : Semic
Edition originale : DC Comics, sous le label ABC

Tome 1 :
Numéros 1 à 4 de la série originale - 112 pages.
Référence : B221-01
ISBN : 978-2914082211

Tome 2 :
Numéros 5 à 8 de la série originale - 112 pages.
Référence : B250-02
ISBN : 978-2914082501

Tome 3 :
Numéros 9 à 12 de la série originale - 112 pages.
Référence : B271-03
ISBN : 978-2914082716
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