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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 16:03

  23 ans après le premier opus de John McTiernan, après des "Aliens vs Predator" au potentiel énorme gâché par des prétentions commerciales absurdes, il n'y avait plus personne pour croire à une renaissance correcte de la franchise.


Personne ?
Pas tout à fait.
Depuis des années, un petit réalisateur indépendant résistait encore et toujours aux pressions commerciales, en rêvant dans son coin d'en être le maître d'oeuvre...

Voici donc Robert Rodriguez, auteur dés 1994 d'un premier script rejeté à l'époque pour cause de Predator 2 au succès mitigé. Patiemment, il construisit sa crédibilité, et les moyens de réaliser ses rêves, loin d'Hollywood et ses budgets pharaoniques.
Quinze ans après, la passion intacte, et fort de quelques succès commerciaux et de ses propres studios, il réussit à arracher aux ayants droits l'autorisation de tourner cette suite tant attendue, en proposant un budget très inférieur à tout ce qu'aurait pu inventer la grosse machine industrielle de la côte Ouest pour un tel scénario.

  Muni du laissez-passer de la 20th Century Fox, Rodriguez peaufine son histoire et renonce finalement à la réalisation pour la confier à Nimrod Antal, auteur du modeste Motel, un petit film kifépeur avec la toute aussi charmante qu'inexpressive Kate Beckinsale.
Tout cela pour resituer le projet dans son contexte : nous sommes en présence, non d'une suite hollywoodienne à gros budget par un réalisateur chevronné, mais d'un petit film de débutant bricolé dans un coin du Texas par une équipe de passionnés.
Des salades internes dont se moquent les con-sommateurs de ciné -qu'ils s'étouffent avec leur pop corn-, mais qui devront être prises en considération par l'amateur de cinéma, car la différence est évidemment énorme sur les enjeux et les limites de l'exercice.

Et les dits enjeux ne sont pas minces, à la mesure des attentes certainement démesurées. Parce qu'il y a pire que les rapaces en cols blancs issus des écoles de commerce qui sabrent les films sans rien y connaitre.
Bien pire !
Il y a les fans !
Qui font passer les précédents pour de doux agneaux dociles.
Les fans qui voueront aux gémonies quiconque osera se comparer à l'original.
Les fans qui ergoteront à longueur de forum sur les détails les plus infimes.
Les fans qui veulent voir la même chose, tout en étant surpris, sans redite, mais sans trahison.

Et bien évidemment personne n'aura la même définition de ce que signifie "la même chose".
Certains voulaient voir Schwarzenegger, attendaient le même suspense qu'à l'époque. A ceux là on indiquera qu'une très belle version Blue-Ray de l'opus de 1987 vient très opportunément de faire son apparition sur les étals de nos supermarchés favoris.
D'autres attendaient une grosse surprise, à la manière du deuxième épisode, assez plan-plan mais pas inintéressant par son changement de décor.
Alors que faire ?

Grosse pression, donc, pour cette suite/reprise de la franchise longtemps attendue et beaucoup trop fantasmée.
Là où McG replace la saga Terminator dans un contexte complètement différent en ne gardant que quelques détails essentiels (et déçoit les fans par l'absence de voyage dans le temps. C'est chiant, les fans...), Rodriguez prend le parti inverse en choisissant pour ce relaunch de flatter le public dans le sens du poil : garder la majorité des éléments originaux, et modifier les détails pour ne pas tomber dans le remake pur et simple.
La 20th Century Fox l'encouragera d'ailleurs fortement en ce sens, voyant l'exercice comme un "test" pour une relance de la franchise à plus long terme, et lui demandant de garder certaines de ses (meilleures ?) idées pour les éventuelles suites.

On retrouve donc les fondamentaux (l'équipe de soldats, la jungle), tout en introduisant subtilement quelques différences (l'équipe est en fait un assemblage hétéroclite de tueurs d'origines diverses, sans oublier quelques petits ajouts croustillants comme les adorables petits chiens de chasse...).
Pas de grosse surprise : on sait immédiatement que l'on n'aura pas affaire à des trésors d'originalité.

Et à ce compte-là, on en a plutôt pour son argent.
Le scénario n'est évidemment pas le meilleur du genre, mais dans le style "survival", on a vu plus indigent. On passera sur certains détails : une introduction choc jamais expliquée -tant mieux, on peut supporter une dose de mystère-, une fin qui ne finit pas -ouverture vers une suite déjà prévue ?-, et quelques habituels trous scénaristiques -que l'on trouve même dans les meilleurs films-. Rien de rédhibitoire.

Point noir des habituelles séries B à petit budget, les acteurs. Ici, pas de soucis, ils se débrouillent plutôt bien. On sait depuis longtemps qu'il n'est nul besoin d'un physique stéroïdement déformé pour incarner un agent de la CIA, et Rodriguez ne fait pas un mauvais choix avec Adrien Brody, qu'on connait pour ses trésors d'expressivité subtile. Il cache bien ces qualités pour incarner un tueur solitaire à la voix grave et au regard vide. Rodriguez la joue finement, en écrivant pour son acteur un rôle à l'exact opposé du Schwarzenegger initial. Quand M. Muscle gagnait par l'affrontement physique et brutal, M. Cerveau cite Hemingway, intellectualise à fond la situation, et gagne par l'intelligence, la ruse, la manipulation.
Malin.
Ses acolytes ne font pas offense, dans la limite bien comprise de personnages pas toujours bien développés, puisque condamnés à une disparition plus ou moins rapide... 
 
Pour le reste, pas grand chose à reprocher : la caméra est mobile comme on l'attend aujourd'hui et exploite correctement les superbes décors, en partie naturels (notamment la forêt hawaïenne). La réalisation ne révolutionne pas le style, mais évite le surdécoupage habituel qui ne sert qu'à cacher l'incompétence de la mise en scène. (On pense à l'indigent Michael Bay qui bénéficie de budgets infiniment plus élevés pour des résultats souvent moins intéressants). Un gage de qualité, pour ceux qui aiment distinguer l'action proposée à l'écran !!!
On soulignera la qualité des effets spéciaux faits maison, ne laissant aux CGI que le strict minimum (principalement les matte painting sur les plans larges), M. Antal préférant maquettes et prothèses pour le réalisme des "monstres".
Et la cerise sur le gâteau : une bande son plutôt subtile tant du point de vue musicale que des ambiances distillées -si l'on oublie la moderne habitude de ne jamais laisser aucun silence, petite faute de goût pour un film se déroulant dans la jungle-.

En résumé, le plumage se rapporte tout à fait au ramage : très correct, sans rien de révolutionnaire. Le film remplit son office de bonne petite série B d'été, pas prise de tête et relativement efficace.
Et qui relance en douceur une franchise moribonde, qu'on espère un peu plus originale pour le prochain effort -qui semble bien parti si l'on en croit les rumeurs-.


Alors revient la question primordiale : avait-on besoin d'une suite ?
La réponse a toujours été un gros "Non" bien évidemment. Et ceci dés le générique de fin du film de McTiernan.

Et son corollaire : cette suite -inutile- est-elle honnête ?
La réponse est donc un petit "Oui", lorsqu'on la compare aux précédents efforts de la franchise Predator, et à ces nombreux films aux budgets énormes, et aux limites scénaristiques tout aussi évidentes (qui a dit "Roland Emmerich" ?).

Le film divisera certainement, entre fans grincheux qui ne lui laissait aucune chance dés le départ et amateurs de séries B généreuses, qui apprécient de trouver autre chose qu'Harry Potter 7 et sexy Dance 9 (sans Patrick Swayze, la loose...) pour occuper leurs soirées estivales.
L'étripage dans la jungle prend (provisoirement ?) fin, celui des discussions alcoolisées ne fait que commencer...

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 18:21
OVER THERE - STEVEN BOCHCO
La dictature de l'audience n'est pas un vain mot outre-atlantique, nombre de séries peuvent en témoigner qui ont vu leur production prématurément stoppée au bout de quelques épisodes. La qualité n’entre que rarement en ligne de compte, à l’exception de certaines chaînes du câble qui peuvent se permettre quelques audaces, leur public étant « captif » par l’abonnement. On pense notamment à HBO, une chaîne de grande qualité qui a donné sa chance à des OTNI du genre de Carnivale, qui a poursuivi Deadwood et Rome au delà des normes commercialement raisonnables.

Over there (« Là-bas ») fait partie de ces sacrifiés, disparue au bout de 13 épisodes seulement. Un échec facile à analyser après coup, de par son sujet même : la vie d’une unité de soldats engagée en Irak. Tournée en 2005 -en « temps réel » par rapport aux événement s qu’elle décrit-, la série offre un aspect quasi documentaire qui a dérangé le public à un moment où le peuple etazunien n’était pas encore prêt à affronter la réalité en face.
Les films sur le sujet ont d’ailleurs quasiment tous raté leur carrière commerciale, l’Amérique glorieuse et libératrice n’ayant pas encore digéré cette partie là de son histoire. On ne lui jettera pas la pierre, pauvres donneurs de leçons que nous sommes, il y a déjà plus de fictions sur ce conflit que sur "notre" sale guerre à nous…

Pourtant la série ne méritait pas ce désintérêt, son écriture étant plutôt équilibrée, entre réalisme des situations et l’habituelle empathie d’Hollywood pour ses soldats. Ni outrageusement patriotique, ni viscéralement critique, Steven Bochco (NYPD Blues) tente là une écriture équilibrée, ne cachant rien des problèmes de ses compatriotes, engoncés dans leurs certitudes décalées de la réalité et créant plus de problèmes qu’ils n’en résolvent, de l’impréparation de ces gamins livrés à eux-mêmes dans un pays et une population qu’ils ne comprennent pas, de l’absurdité des commanditaires et des intérêts économiques qui priment souvent sur l’engagement militaire et humain. Même la motivation des GI est dépeinte sous un jour réaliste, plus motivée par l’argent ou la fuite que par un réel élan patriotique. Tout cela traité de manière subtile, sans s’appesantir, sans leçon. Un bel exercice, plutôt réussi, et surprenant venant de la Fox, dont la branche télévisuelle était plus qu’outrageusement dévouée au gouvernement et sa propagande éhontée. (une autre raison pour son arrêt prématuré ?)

Le traitement filmique n’évite pas certains clichés à la mode : filtres jaunes et montage surdécoupé dans les scènes d’action. Un choix qui se révèle finalement très approprié, soulignant parfaitement le quotidien du soldat fait de longs moments d’inaction, d’énormément d’attente entre des « flashs » d’action violents et chaotiques auxquels il ne comprend pas forcément grand chose. Quand le fond et la forme se rejoignent, on peut (presque) parler de réussite artistique...

Pourtant, il faut bien avouer qu’Over there ne convainc pas totalement. Le rythme narratif se trouve en effet plombé par des digressions régulières sur la vie des conjoint(e)s resté(e)s au pays, qui s’intègrent assez mal et paraissent souvent artificielles. Une idée intéressante, qui participe certainement au malaise qui règne autour de ce conflit, mais qui casse la dynamique et peine à trouver son rythme. Une idée qui aurait certainement amené de la profondeur à long terme, mais n’a pas forcément sa place dans un contexte de série courte (13 épisodes).
La comparaison avec Band of Brothers  -référence dans le domaine- ne laisse aucun doute à ce sujet. La série aurait gagné en efficacité et en force si elle était restée concentrée sur son sujet principal.

Mais n’exagérons pas, ce détail ne suffit pas à rejeter complètement Over there. Même si nous sommes certainement mieux informé que nos amis américains sur les tenants et les aboutissants de cette guerre néo-coloniale, il n’est jamais inutile de se confronter à l’histoire, fut-elle brûlante comme ici.
Sans être indispensable, Over there mérite une vision, à coté de films comme « Battle for Haditha », petit chef d’œuvre passé lui aussi inaperçu sur un sujet très proche.

L’internaute curieux se rendra vite compte que la Fox a enterré son bébé en bonne et due forme : pas de site officiel, pas de bande annonce sur youtube. Il faut croiser par hasard les DVD sur un site de discount ou par d’autres moyens peu avouables, pour connaître son existence et pouvoir y jeter un coup d’œil. Une vrai série de culte, donc…

 
Jiheffe
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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 17:45


avatarL'Heroïc-Fantasy et le cinéma vivent une histoire d'amour compliquée ; on se cherche beaucoup, on se croise parfois, on se boude longtemps. Avec de nombreux rendez-vous ratés, et parfois quelques belles rencontres.

Parmi les réussites du genre, le "Conan le barbare" de John Milius brille depuis longtemps dans le cœur des amateurs (je vous parle d'un temps que les moins de trente ans...). C'est dire combien les chefs d' œuvres se font rares... Hollywood ne s'y trompe pas, qui tente depuis deux décennies de relancer la franchise, sans succès. On imagine sans peine des producteurs -las d'attendre - se tourner vers cet autre personnage de Robert E. Howard, certes moins connu, mais au potentiel téstostéronement visuel tout aussi important !

Précédé d'une réputation mitigée, d'un statut "petit budget" qui rappelle plus "D&D" que "Le Seigneur des Anneaux", c'est avec une certaine circonspection qu'on entre dans la salle...

Petit budget certes, mais bien employé. Dès les premières scènes on apprécie les images de synthèse très correctes, les décors et costumes superbes, une photo très stylée. Le contraste avec les précédents ratages du genre est flagrant, l'ensemble est traité avec beaucoup de sérieux.

Sérieux, c'est d'ailleurs le qualificatif qui s'applique le mieux à ce film.

 

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Sérieux dans le traitement de l'histoire : dans l'Angleterre du 17e siècle, les démons courent la campagne (ou plutôt les salles du trône), le diable étend son emprise, le danger est partout. Premier degré de rigueur, on ne badine pas avec le malin. Le sang gicle, les coups font mal, les morts s'accumulent, le héros souffre... L'avertissement "- de 12 ans" n'est pas usurpé. Et rien que pour ça on pardonnera beaucoup.
Bon, évidemment, il ne faut pas s'attendre à une grande originalité non plus, l'histoire est vue et revue...

La réalisation est très honnête. Michael J. Basset, réalisateur de films d'horreur, était sans doute la personne idéale pour traiter correctement un tel sujet.
La violence, omniprésente, réussit à rester très suggestive sans tomber dans la complaisance putassière. Des combats assez propres, évitant _en partie_  le surdécoupage tellement à la mode, qui prétend cacher le manque d'imagination sous une bouillie visuelle incompréhensible.
On échappe également aux petites blagues destinées à détendre l'atmosphère, le gros écueil sur lequel les meilleurs se sont échoués (n'est-ce pas M. Jackson ?) ; l'ambiance est tendue d'un bout à l'autre.
Alors certes M. Basset se prend très au sérieux, n'évitant pas certains effets un peu grandiloquents à grands coups de ralentis sous la pluie, mais un minimum d'emphase est nécessaire dans ce genre de sujet, on parle quand même de l'affrontement du bien et du mal dans leur plus directe acception (la scène du village ne laisse aucun doute quand à la nature du héros).
Les cyniques passeront leur chemin sous peine de trouver tout cela un peu ridicule.

 

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James Purefoy (L'excellent Marc-Antoine de la série "Rome", produite par... John Milius, le monde est petit...) campe un Solomon Kane sérieux, très sombre. Très classe dans son costume en cuir avec chapeau à large bord, ses deux sabres et de deux pistolets, un faux air d'Hugh Jackman ne se prenant pas (encore) pour une star.
Un peu monolithique, certes... Partagé entre son passé de mercenaire sans scrupules et sa récente conversion à un pacifisme dévot destiné à racheter son âme, on aimerait parfois un peu plus de subtilité dans l'expression de ses doutes métaphysiques, mais son jeu reste très correct pour une série B. On a connu bien pire, pour des films plus ambitieux.

Encore un point qui ne trompe pas, les seconds rôles sont traités là encore avec le sérieux qui caractérise l'ensemble de la production. Pas de fausse note.
Rachel Hurd-Wood (vue dans "Le parfum") ne démérite aucunement dans son rôle de (très belle) potiche, se permettant même de surpasser son "sauveur" par son jeu nettement plus expressif.

En conclusion, il n'y a pas grand chose à reprocher à ce film qui assume pleinement son statut de téléfilm à gros budget, traité avec un respect assez rare qui emporte l'adhésion. En ne cherchant pas à tout prix le public adolescent, il évite l'écueil de la mièvrerie et peut donc contenter un public amateur de films "bruts", post-adolescents en mal d'actionner sérieux. Pour autant il ne faut pas s'attendre à grand chose de plus...

Jiheffe


PS : Les amateurs se tourneront avec plaisir vers le volume des éditions Bragelonne qui propose l'intégrale des textes de Robert E. Howard dans une nouvelle traduction de qualité.

www.solomonkane.fr/
www.bragelonne.fr/

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