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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 13:55

 

La vie est pleine de bonnes surprises.
Sisi, je t'assure, toi, mon camarade qui te morfond dans ta neurasthénie gothique, toi mon frère qui collectionne les albums de black metal dépressif ouzbeks en maudissant chaque jour une morne existence où tu crois avoir tout vu tout vécu. Sort de ta torpeur, ouvre les yeux, et tu découvriras des merveilles.
Oh, je ne te propose pas de te convertir soudainement à la beauté des fleurs de patch

oulis et aux chemises du même tabac, non. Tu n'es pas même obligé de vouloir changer le monde en allant marcher à leurs cotés.
Non, pas besoin de se renier, juste s'ouvrir à la sombre nouveauté. Oui, la darkitude peut se révéler sans gravir la muraille de Chine ; juste là, au détour d'une rue, quand on s'y attend le moins. Parfois, c'est un simple bouquin aperçu sur étal de libraire...

Tiens, je prend un exemple. Tout le monde connait les éditions "Soleil", éditeur de "Lanfeust de Troy", ses suites, ses dérivés, ses copies, etc.

Et pour le bon guerrier

barbare qui n'est pas là pour rigoler, leur collection celtique aura de quoi combler des étagères Ikea jusque-là bien vides. Même l'amateur le plus distrait n'aura pu s'empêcher de remarquer les sorties régulières d'ouvrages reprenant allégrement les blagues douteuses sur -au choix- les blondes, les geeks, les CRS, etc, celles-là même que l'on a reçu 1374 fois en powerpoint ces 15 dernières années, mais qui fournissent toujours des cadeaux à peu près corrects car financièrement raisonnables et idéalement passe-partout.
(on attend avec une impatience mal dissimulée l'adaptation de "viedemerde.fr").
(Ah non, tiens, ca existe déjà... Après J'ai Lu  qui a sorti la version "livre de poche", on attend maintenant la transposition au ciné ).
Enfin bref, des évidences suffisemment notoires pour émettre sur cet éditeur un jugement aussi méchamment péremptoire que gratuitement caustique dont nous avons le secret, nous, les vrais rebelles qui faisons peur à la bonne société versaillaise avec nos festivals satanistes.

Et là, paf !
Oui, paf, LA surprise.
Qui défrise.
Qui te met un coup dans la gueule que tu croyais pourtant insensible tellement tu en a pris -personne ne se rend compte à quel point tu en baves dans cette vie qu'est vraiment trop injuste avec toi.

Cette surprise, ce truc sortit de nu

lle part que personne n'attendait malgré ces années perdues à fouiller les rayons de la bibliothèque géante du forum des halles (ce magasin qui réussit à vendre des bouquins d'occase à prix neuf, quels agitateurs !!), cette surprise qui dénote tellement que le vendeur s'est forcément trompé -on embauche vraiment n'importe qui de nos jours- , cette incongruité à l'heure de la littérature pré-digérée, cet improbable volume format BD : Les contes macabres, d'Edgar Allan Poe.


Oui, tu as bien lu, Edgar Allan Poe, cet auteur qui, n'étant plus de la première jeunesse, n'en reste pas moins une référence absolue que tout bon darkboy (ou darkgirl, on n'est pas sexiste) se doit de connaitre sur le bout des doigts. Un auteur qu'on n'imaginait certainement pas ici, entre le dernier XIII et la 43e réédition de Gaston Lagaffe.
Jetant un regard à droite et à gauche -il ne faudrait pas être surpris en train de paraitre ne serait-ce qu'un tant soit peu intéressé-, on ouvre l'imposant volume avec un détachement ostentatoire, on le feuillette discrètement en préparant plus ou moins mentalement un avis définitif sur cette mode des chefs d'oeuvres de la littérature résumés en BD, dont le principal (et seul ?) intérêt réside dans sa facilité de lecture, tellement plus pratique qu'une anthologie pour préparer son bac de français.



Et là, Re-paf, re-surprise, re...
Enfin, tu vois quoi.

Car il ne s'agit nullement d'une de ces adaptations rapidement dessinée et scénaristiquement douteuse destinée à combler le manque de qualité éditoriale par une quantité financièrement rassurante, mais bien d'authentiques nouvelles, que du texte, sans petites cases, un truc à lire comme dans l'ancien temps, un truc de parents, quoi... Qui se présente sous la forme d'un ouvrage luxueux, reprenant des textes intégraux du maître, ET superbement illustré par un certain Benjamin Lacombe. Pourtant, l'observation plus attentive de l'emballage de l'objet aurait dû titiller notre curiosité : une reliure entoilée de belle épaisseur, une couverture classe et sobre aux couleurs rouge et noir -subliment dark, faut-il le souligner-, et une illustration stylée d'une jeune femme suitant la mélancolie, la vraie, celle des textes qu'elle honore dignement.
Un écrin parfait pour une oeuvre qui ne l'est pas moins.

"Quelque chose de profond et de miroitant comme le rêve, de mystérieux et de parfait comme le cristal ! "

Ne pouvant se plonger aussi subitement dans les textes -certaines oeuvres mérient mieux que la lumière blafarde des néons et le bruit assourdissant d'un supermarché -, on se hasarde à feuilleter l'ouvrage pour s'attarder longuement sur les illustrations intérieures savamment disséminées au long des pages, et donc la beauté mélancolique n'a rien à envier à celle de la couverture. Benjamin Lacombe, qui officiait précédemment sur des bouquins fantastiques pour ados, a trouvé ici de quoi s'exprimer pleinement.
Une ambiance sobrement triste, tout en finesse et suggestion. Superbe.
En continuant, on découvre en fin de r

ecueil une abondante biographie de l'auteur, des notes sur les textes ici présentés, quelques explications sur Baudelaire -traducteur du maître-, et enfin sur ce dessinateur dont le style correspond si parfaitement à l'ambiance glauque des histoires, qu'on les croirait écrites pour lui..

Qu'ajouter à celà, sinon qu'il est nous est ainsi donné l'occasion de se replonger dans ces petits bijoux que sont "La chute de la maison Usher", ou "le chat noir", un plaisir rare dont il ne faut pas se priver. Des tex

tes précieux, nécessaires, servis dans un écrin de toute beauté. Un ouvrage que l'on qualifierait facilement d'indispensable si le terme n'étais pas si galvaudé.
Finalement, oui, la vie est pleine de tristement bonnes surprises.

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