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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 13:54

arteres-souterraines couvDe Warren Ellis, on connaissait le brillant scénariste de comics. Mais l'imagination débordante de l'auteur de Transmetropolitan ne pouvait s'arrêter là. C'est ainsi qu'à la suite de ses collègues (Alan Moore, Greg Rucka, etc), il décide de livrer son trop plein d'idées sous la forme d'un roman.
Et puis c'est classe, romancier. Plus que créateur de BD.
Demandez à votre voisin, celui qui est abonné au Point, vous verrez....

C'est en ce mois de septembre 2010 que sort chez nous le premier "vrai" livre de cet écrivain profondément rock'n'roll. Mais que peut encore apporter l'auteur du polar (très) noir Fell, du profondément déjanté Desolation Jones ? Quel intérêt de s'atteler à un roman -sinon un orgueil mal placé- tant ses scénarios franchissent allégrement les limites de l'imagination et du bon goût, dans le cadre bien compris de publications grand publics. En quoi l'inventeur de Spider Jerusalem, le journaliste vulgairement iconoclaste, pourrait nous surprendre ?
Bien évidemment, c'était sous-estimer l'animal...

Michael McGill est un détective privé particulièrement doué pour attirer la poisse. Lorsqu'on lui confie une bête histoire d'adultère, il faut que le mari volage soit gourou d'une secte adepte du sexe tantrique avec des autruches.  Le Roger Giquel de l'enquête personnelle, sur les pompes duquel les créatures les plus improbables viennent pisser.
C'est pour cette exacte raison que le conseiller du président, un viel héroïnomane qui prend son pied en laissant ses sphincters se relacher sous lui, l'esprit perdu dans la contemplation de défilés de mannequins anorexiques sur une chaine spéciale mode, débarque chez lui un beau matin pour lui demander de retrouver un vieux bouquin égaré. Et pas n'importe quel bouquin, évidemment... Rien moins que la "vraie" constitution des Etats-unis, l'originale, contenant des paragraphes inscrits à l'encre invisible par des extra-terrestres, et qui donneraient à ce volume le pouvoir de controler les esprits. Un pouvoir qui arrangerait bien notre conseiller spécial en lui permettant d'expurger l'amérique de ses déviances actuelles et revenir aux vraies valeurs des pères fondateurs. Comment refuser quand vous ètes à sec et qu'on vous propose un demi-million de dollars  ?


Warren EllisNon, notre acerbe anglais, pourfendeur bienveillant des travers de ses etats-unis d'adoption n'avait pas tout dit. Non Spider Jerusalem n'était pas assez trash pour Warren Ellis, qui invente ici des situations encore plus déjantées, plus marquantes par leur proximité, et dévide tout ce que son imagination malade n'avait pu placer dans son oeuvre phare.
Amateurs de scénarios alambiqués, passez votre chemin, la trame de fond ne sert que de décor à un étalage parfaitement complaisant et assumé d'idées les plus déjantés (qui d'autre pouvait imaginer un cinéma porno pour adeptes du "Godzilla bukake") et de reflexions amères et droles sur une société occidentale devenue folle.
Mais sans s'y égarer : Ellis reste parfaitement maître de sa narration et n'oublie jamais son lecteur. Pas d'auto-contemplation nombrilesque, ni de facilité choquante. Sans longueurs, et toujours avec son sens inimitable du second degré, recul salutaire qui évite l'écueil commun de la provoc facile et outrancière.
Un point qui résume ce travail en le différenciant de ses prédecesseurs dessinés : le propos gagne en subtilité et en retenue, sans en diminuer la portée. Une forme de maturité qui ne perd rien de son mordant.
Il est bon le bougre.

Un roman gentiement foutraque, cru mais sans vulgarité, critique mais pas réactionnaire, toujours sur le fil ddu mauvais goût et de l'outrance sans vraiment y tomber. Un constat désabusé sans amertume, sans moralité ni morale. Sans pathos.
Sans but, non plus. Des auteurs plus engagés, plus virulents, auraient aiguillé le texte vers un discours social ou politique. Mais ce n'est pas la volonté d'Ellis, qui n'a d'autre finalité que le plaisir de la transgression joyeuse.
Un peu vain, mais profondément jouissif.
Rock'n'roll, quoi !

Le livre sur le site de l'éditeur français (le Diable Vauvert)

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