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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 00:00


Style : Rock progressif atmosphérique. 

 

"Il faut se lever tôt et travailler plus" nous a demandé notre rédactrice en chef. "Pour gagner plus ?" demande le nouveau chroniqueur naïf. Silence gêné, rires étouffés. Déjà que les vrais pigistes ne gagnent pas grand chose, alors officier pour un webzine c'est juste pour la beauté du geste.
Tout au plus récupère-t'on quelques CD envoyés par les labels. En pochette carton promo, avec morceaux incomplets ou divisés en 100 pistes pour éviter la diffusion sur internet. Et dans 90% des cas, il s'agit de trucs peu intéressants.
Oh, bien sur, en choisissant des disques à chroniquer, on vérifie vaguement que le style est compatible de nos goûts. Inutile de vouloir parler d'un groupe qu'on ne supportera pas. On sélectionne donc, mais ça n'empêche pas de connaître de nombreuses déceptions : l'abondance de sortie noie les bons disques sous des tonnes de trucs moyens difficilement supportables.
Et parfois, au moment où l'on s'y attend le moins, la pépite. Le truc qu'on a pris sur une liste sans vraiment connaître, pour débarrasser notre chère redac-chef débordée. Et qui s'avère finalement une bonne surprise, voir un choc. De ces moments rares qui justifient les efforts précédents.

Antimatter fait cet effet-là. Pourtant, "rock progressif à la pink floyd", ça peut être tout et (surtout) n'importe quoi. Mais là, enfin (!), l'écoute provoque immédiatement l'intérêt, et finalement l'adhésion. Un petit coup d'œil à la fiche promo qui accompagne le CD : "Je souhaitais créer de la puissance et de larges espaces vides dans le studio" nous dit Mick Moss, seul concepteur de l'album (son comparse Duncan Patterson ayant quitté le projet). Pour une fois, le discours marketing tombe juste,  fournissant une bonne description des émotions suscitées par cet album.
Évidemment, pas la moindre petite trace de metal dans ce disque. Tout au plus peut-on y trouver quelques passage de batterie rock, comme égarée par hasard, s'excusant presque de sa présence incongrue et repartant comme elle était venue, discrètement. Dépouillant à l'extrême ses compositions, Mick Moss travaille énormément sur le silence et la façon de l'habiller. Un disque atmosphérique, aéré, distillant ses ambiances par petites touches de guitares.
Essentiellement des guitares d'ailleurs. Acoustiques et électriques, parfois secondées de piano, de violon ou de claviers très discrets, tissant des ambiances calmes, dépouillées.
Calmes, mais pas forcément apaisées. Ni apaisantes.
Et cette superbe voix grave, au timbre légèrement rocailleux qu'on qualifierait volontiers de rock... A la fois sereine et énervée, toujours empreinte d'émotion. Un chant habité, vraiment, le terme n'est pas usurpé.
C'est là que réside la grande force de ce "Leaving eden" : les guitares saturées en nappes, la voix écorchée, les arrangements discrets, tous joués sur des tempo assez lents, installent doucement une ambiance générale mélancolique. Une légère tension, ténue, à la limite de l'insaisissable, qui finit par s'imposer, entêtante, évidente. Comme un grondement souterrain, qu'on pressent sans vraiment l'entendre, qui se révèle parfois dans les courts accès de colère du chant -secondés de guitares électriques énervées- pour se retirer aussitôt. Une alternance de chaud et de froid, jouant avec nos nerfs, renouvelant régulièrement l'intérêt, le forçant même, par sa façon de jouer avec nos attentes.
La construction des morceaux nous rappellent qu'on a bien affaire à du progressif. Un rock progressif atmosphérique, aux claviers discrets, sans clichés. Un progressif dépouillé de ses atours encombrants, ne gardant que l'essentiel. Un travail d'orfèvre subtilement mené, et qui s'impose, évident, par l'intelligence des compositions et des arrangements, magnifiquement servis par une production très propre, qui a sût toutefois conserver l'alchimie parfaite entre clarté des instruments acoustiques et rugosité des guitares électriques et de la voix. Superbe.
Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes, importants, nécessaires et dont on ressort avec une seule envie, réécouter encore et encore cette petite perle. Et se précipiter chez son crémier pour acheter toute la discographie du monsieur. Superbe rencontre.
On en redemande.

 

Note Générale : 9 / 10
Production : 5 / 6 - Cover : 4 / 6 - Composition : 5 / 6


Site officiel du groupe
Page Myspace du groupe
Article sur wikipedia (en) 

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