Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 00:00


Style : Rock metal expérimental. 

Avec 'Back To Times Of Splendor', Disillusion avait bénéficié d’un très bon accueil. Surprenant sans être révolutionnaire, leur death progressif était plutôt bien troussé dans un genre finalement peu exploré. La barre était placée assez haut, la surprise suscitant une certaine attente : allaient-ils continuer dans cette voie pour leur second opus, ou s’effondrer comme beaucoup d’artistes qui épuisent toutes leurs idées dans leur premier album ?

Et bien si la surprise est effectivement au rendez-vous, elle ne se situe pas forcément où on l’attendait. Les allemands, loin de jouer la facilité, ont entièrement bousculé leur propre concept, remettant en cause jusqu’aux fondements même de leur précédent style. Pour un résultat extrêmement déroutant qui ressemble à … à rien finalement. A rien de clairement identifiable, en tout cas.
Une seule ligne directrice semble avoir guidé la réalisation de l‘album : couper court à toute catégorisation. Dans ces cas-là, on classe le groupe dans 'avant-garde metal'. Un concept fourre-tout destiné justement aux musiciens qui ne répondent à aucun critère, et qui ne donne finalement aucune indication quant à la musique proposée.
Adieu donc le death, adieu le metal extrême, adieu même le progressif. De tout ce qui faisait sa force et son caractère, Disillusion a gardé l'esprit, mais en se séparant de presque tous les éléments formels. En ce sens, le groupe pousse très loin le concept de 'progressif' (qui s’affranchit des règles), montrant violemment qu'ils en ont compris l'essence, mais au risque de rebuter ceux qui en aiment malgré tout certains repères.

Autant dire qu’il faut un certain temps pour digérer un tel album.
Non pas que la musique soit complexe, elle est au contraire beaucoup plus simple que sur le précédent album.
Non pas que le son soit massif et difficile à appréhender comme peut l’être Arcturus par exemple, pour rester dans le metal inclassable. Il est au contraire assez clair et limpide.
La richesse vient de la construction même des morceaux, des arrangements qui présentent une telle diversité et une telle différence par rapport aux albums 'habituels' qu’ils en deviennent surprenants, éventuellement dérangeants en première approche, et empêchent toute analyse rapide.

Le plus frappant dés la première écoute est l’absence de tout chant grogné. Voir même d’une bonne partie de chant tout court : beaucoup de texte sont juste récités. Avec des effets sur la voix pour accentuer l’effet 'électro'. Les quelques passages chantés le sont en chant clair, alternant les influences pop (Depeche Mode me souffle-t-on dans mon oreillette) et des passages plus martiaux à la Rammstein (analogie lointaine, le chant en anglais et la tessiture de la voix empêchant tout rapprochement réel), et d’autres formes encore, le maître mot étant 'surprise'. Le tout, on l’a dit, entrecoupé de passage récitatifs. Déroutant.

Musicalement, la même diversité est au rendez-vous.
Les rythmiques alternent blast metal et rythmes rock plus lent. Elles s’effacent parfois -jamais très longtemps- pour laisser place à des motifs électroniques.
On trouve quand même quelques guitares metal (gros son, grosse production). Présentes régulièrement, suffisamment pour que l’album reste du metal, mais qui là aussi s’effacent régulièrement pour laisser la place à des riffs plus rock ou à des arrangements différents : rythmes et bruitages électro, voir légèrement noisy (Dread it, Aerophobic), chœurs éthérés (The black sea, Gloria), quelques riffs de violons entêtants (Dread it) et nappes de synthés discrètes. De nombreuses petites touches subtiles qui apparaissent et disparaissent régulièrement pour modifier les ambiances. Tout ça joyeusement mélangé, sans qu’une ligne forte ne se dégage… Parce qu’évidemment, pour brouiller encore plus les cartes, Disillusion ne se contente pas de puiser son inspiration dans de multiples styles, ils les mélangent au sein même des compositions. Impossible de typer tel ou tel morceau, aucun ne proposant un bloc musical cohérent. A se demander d’ailleurs si l’on peut parler de "morceaux", et si l’album n’est pas destiné à être écouté d’une seule traite, certaines idées se répondant à plusieurs plages d’écarts. (l’absence de numérotation des pistes sur la pochette ferait pencher en ce sens. A noter que les CD promo destinés aux chroniqueurs étaient découpés en 100 plages, effaçant encore plus toute notion de "chanson").

Ambitieux ? Oui, les allemands le sont clairement, encore plus qu'hier !! Mais plutôt que choisir la 'facilité' de la surenchère technique, ils appliquent leur exigence à la construction même (ou déconstruction ?) des morceaux. L’esprit du progressif sans la lettre. La question est donc de savoir quel public va toucher cet album. Pas forcément les amateurs de metal extrême. Pas forcément les amateurs de progressif 'technique' et formel. Ouverture d’esprit, patience, curiosité sont quelques pistes qui peuvent éventuellement guider l'écoute de l’auditeur.
Une démarche commercialement suicidaire, mais qui ne peut que susciter un grand respect par son coté jusqu’au-boutiste assumé. Et rien que pour ça l’album mérite vraiment que l’on prenne le temps de l’écouter et de l’apprécier.
Ne pouvant être comparé à rien de clairement défini, noter un tel album ne signifie pas grand chose. L’appréciation sera éminemment conjoncturelle et plus que jamais subjective. Elle ne révèlera rien sur l’album, mais tout sur le chroniqueur.
A chacun de se faire son avis.
Cet album le mérite vraiment.

 

Note Générale : 10 / 10
Production : 6 / 6 - Cover : 6 / 6 - Composition : 6 / 6


Site officiel du groupe
Page Myspace du groupe
Article sur wikipedia 

Partager cet article

Repost 0

commentaires